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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 16:34

Notre amie Marie-France COSTANTINI a écrit « CAYENNE » lors d’un de nos ateliers d’écriture.

 

Nous avions proposé aux participants quelques courts extraits  de « La Fille du Gobernator », un très beau roman de Paule CONSTANT dont l’héroïne est une  petite fille se prénommant Chrétienne, fille du gouverneur du bagne de Cayenne.

 

Avant de commencer à écrire, nous avons pris quelques minutes et chacun de nous a imaginé un personnage dans le contexte du bagne de Cayenne.

 

La consigne était d’écrire une histoire en utilisant au moins un des extraits de « La Fille du Gobernator », d’ intégrer (ou de citer) Chrétienne dans cette histoire, ainsi que un ou plusieurs de nos personnages imaginaires :  On pouvait bien sûr rajouter d’autres personnages en cours d’histoire suivant l’inspiration …

 

 LES PERSONNAGES PROPOSES

 

Patagon Lama                                   Taciturne, amoureux de la nature.

Travaillait à la machine dans les champs vers 1940.

 

Raphaël del Sol                                 Bagnard italien venu en France et envoyé à

Cayenne.

 

  • Pédro Alvarez                                    Commerçant en épices. Spécialités : poivre

                                                                       de Cayenne.

 

  • Rossignol Jean                                  Serrurier

 

  • Sanibal                                               Orpailleur

 

  • Corps brûlé                                        Fonctionnaire de la Légion

 

  • Ti-Gro Bouddha                                 Propriétaire du café-restaurant-dancing-

épicerie , la « Cayerne d’Alibaba »

 

 

l’extrait  de « La Fille du Gobernator »  est souligné dans le texte ; Saint Jean est un bagnard chargé de faire l’école à Chrétienne.

 

 

 

 

 « C A Y E N N E »

 

 

Marie-France COSTANTINI

 

 

            On était en plein cagnard et Marcel Lamadon (devenu plus tard l’oncle Pata) travaillait à la moisson dans les champs berruyers appartenant à Monsieur le Marquis de d’Oye. Il activait les chevaux sur le tapis roulant, ce qui faisait monter et tomber les gerbes préparées par les ouvriers du château

 

            Après avoir bu un canon, mon oncle se roulait une cigarette dans du papier maïs quand apparurent deux gendarmes. Il les salua poliment mais ils ne lui répondirent pas, l’air gêné.

 

Eh bien, mes braves, dit le Marquis, que nous vaut le plaisir de votre visite ?

Hélas, M’sieur l’Marquis, nous venons arrêter Lamadon. Il devait se présenter hier pour partir à la guerre. Comme il manquait à l’appel, deux gendarmes sont allés le chercher et il refusa d’obtempérer, frappa les collègues qui voulaient l’emmener. Il faut nous suivre, maintenant.

 

Le Marquis s’arrachait les cheveux.

 

Qui va le remplacer ? Laissez-le au moins finir la moisson.

Les ordres, c’est les ordres, répondit le gendarme.

 

            On retrouve quelques jours plus tard l’oncle Pata sur le rafiot qui l’emmenait au bagne. Son compagnon de chaîne était Raphaël del Sol. Il parlait peu le Français mais ils se comprenaient ayant le même goût de la bouteille.

 

            Quand ils arrivèrent à Cayenne, ils furent enfermés dans d’innommables bâtisses en pierres humides et poisseuses ; leurs paillasses grouillaient de vermine. Il se retrouva avec Raphaël del Sol qui avait déjà tâté du bagne , Jean Rossignol, serrurier de son métier, Sanibal, orpailleur pour son compte, ce qui est tout à fait défendu, et Corps Brûlé, fonctionnaire de la Légion. Ils commencèrent à sa méfier de ce dernier, le prenant pour un espion.

 

            L’oncle était taciturne et parlait peu avec les autres qui, ma foi, le laissèrent en paix alors que ça bardait sec dans la carrée.

 

            Au bout de quelques jours, ils commencèrent à sortir et purent faire la connaissance des lieux.

 

            Amoureux de la nature, Marcel Lamadon, dit Pata, avait repéré un trou d’eau au fond d’une carrière où des poissons avaient été amenés là par temps de grandes marées. Il bricola une ligne, un hameçon et passait son temps libre, seul, à essayer de pêcher pour agrémenter l’ordinaire : une espèce de soupe qui ne suffisait pas à caler l’estomac.

 

            C’est ainsi qu’un jour, il crut avoir une vision : dans les rochers de la carrière, une petite fille cherchait des poissons échoués dans le sable collant. Elle l’aperçut et vint s’asseoir à ses côtés. Le regard en biais, médusé, l’oncle l’observait sans rien dire.

 

Je m’appelle Chrétienne, dit-elle. Je suis la fille du gouverneur. Et toi ?

 

Etrangement, une impression de paix l’habitat. Il finit par lui répondre :

 

Je m’appelle Marcel Lamadon mais on m’appelle Pata.

 

            Elle le regarda et lui dit en riant :

 

Eh bien pour moi, tu seras Patagon Lama.

 

«   Là –bas, au loin, Saint-Jean l’appelait. Il criait comme un camelot qui veut appâter le chaland :

 

Dictée, grammaire, verbes, analyse logique.

 

Elle ne répondait pas.

 

Histoire, géographie, leçon de choses.

 

Elle ne répondait toujours pas.

 

Catéchisme, morale, instruction civique.

 

Elle haussait les épaules. »

 

Je dois aller étudier, mais surtout, ne dis rien, je ne veux pas y aller…

 

            Et les jours continuèrent ainsi, longtemps… longtemps…

 

 

 

 

 

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Published by AixHorizon
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