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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 16:02

Serge TARTAGLIA    

  

LES YEUX OUVERTS

  

Devant l’épouvantail de mes ans qui s’imposent,

Il me reste à ranger mes vieux soldats de plomb,

Autour de mon marqueur des ombres s’interposent,

Je ne vois plus danser de muse ou d’ange blond.

 

J’emprunte le chemin qui conduit à l’abîme,

Je laisse sur ses bords tous ceux que j’ai choisis,

Mes amis, mes mentors, comme l’acte sublime,

D’un aède affecté de ses propos rassis.

 

J’ai marché sur les pas de jeunes Andromèdes,

J’ai trouvé mon Persée et je me suis rendu,

Sa main savait écrire et glisser ses remèdes,

Entre mes doigts ouverts sur son art attendu.

 

Abran s’est imposé pour m’apprendre la rime,

Henri-Bernard c’est toi qui m’a fait dérouler

Le tapis rouge aux mots sans erreur et sans frime,

Et mon imaginaire a pu se révéler.

 

Courir à l’utopie, oser la métaphore,

Transcender ce bonheur toujours mieux calculé,

Éprouver le bon sens et briser cette amphore,

Pour que jaillisse enfin le plaisir constellé.

 

Pour faire qu’avec eux on se serre la plume,

Les deux André d’abord, Françoise et Frédéric,

Qu’on soit saoulé d’humour comme un marteau d’enclume,

Et que chacun s’attache à trouver son déclic.

 

Où le mystère afflue en agitant sans cesse,

Les onguents savoureux d’une plume velours,

Edith apparaît digne aux gestes de princesse,

D’aèdes éblouis par de puissants atours.

 

Elle fait de ses mots un trop-plein de musique,

Solange théâtrale aurait aimé danser,

Avec des anges blonds sur une ode bachique,

D’où s’envolent des vers pour mieux les romancer.

 

Marie-France a l’esprit qui nourrit sa promesse,

Attachée au Morvan de mémoire d’été,

Mireille au cœur profond, si ton absence oppresse,

Nous savourons tes mots jusqu’à l’ébriété.

 

Fuyant les yeux fermés, sous ma charge morale,

Un mystère à deux sous succombe à mon cœur lourd,

C’est ce destin froissé par l’œuvre sidérale,

Qui me pousse à partir, adieu, je serai sourd.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                        JEUNESSE

 

Quand le grand air me rendait ivre,

 Ivre d’espace et de santé,

J’avais au cour l’amour de vivre,

De vivre d’âme et de bonté.

 

C’était le temps de ma jeunesse,

Quand le bonheur avait quinze ans,

Et qu’il passait tout en finesse,

Sur mes ivoires languissants.

 

L’aube apportait son encolure,

A la colline aux yeux ouverts,

Sur le sein nu de sa monture,

Frappait un soleil des enfers.

 

Je la tenait pour partenaire,

De lourds secrets d’adolescent,

Et je faisais mon ordinaire,

De ce théâtre arborescent.

 

Je m’exilais comme un fidèle,

Dans le cœur frais es sapins bleus,

Et, leur cantique pour modèle,

Je composais pour tous les Dieux.

 

Mes laudes sont universelles,

Disais-je au vent frais du matin,

Qui les réchauffe à ses aisselles,

Comme un bon vent républicain.

 

Le mal n’était pas mon domaine,

C’était l’espoir de l’amitié,

Que je vivais à perdre haleine,

Mais dans ce choix rien n’est gagné !

 

Enfin grandi, dans ma carrière,

J’ai retenu bien des leçons,

Des leçons dures, sans manière…

J’en ai encore des frissons !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                               LA FEE

 

La dame en maillot blanc, sur la plage endormie

Et les petits cailloux qui tremblaient de plaisir,

Disait au temps conquis qu’elle était la momie,

D’une farce du ciel qu’on appelait désir.

 

Désir d’être le rêve et l’importante énigme,

Perdue au creux du vent qui revient du passé,

L’empreinte des dieux morts, le dernier paradigme,

Qui nourrit le modèle à son pas cadencé.

 

Digne fleur d’arrogance à promulguer la grâce,

Et toutes les vertus, même pour l’insoumis,

Le chanceux, l’amuseur, qui suit de loin sa trace,

En somme une chanson pour le bien du promis.

 

Un signe de baguette et le destin trébuche,

Voici l’ultime sœur qui le met à genoux,

Dans l’âtre de la vie on remplace la bûche,

Et le tour est joué, le futur est à nous.

 

Comment apprivoiser déité non palpable,

Ton regard si profond sans y croiser la peur,

La dérive soudaine et la source improbable,

Qui vient tacher de sang ta robe de vapeur ?

 

Capable du meilleur mais sans doute du pire,

Ta victoire est pour l’un, mais l’autre, qu’advient-il ?

Tu choisis la pitié pour défaire un empire,

Ta douceur s’évapore en un bûcher subtil.

 

Egoïste tribun, j’implore ta promesse,

Le luxe de sombrer dans la facilité,

A ton bras j’aimerais courir à la grand-messe,

Pour vivre avec les dieux dans la félicité.

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Published by AixHorizon
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